Une annonce de 2022 pour une dépense de 2023
La date importe. Le communiqué de septembre 2022 concernait les primes de l’année suivante. Il annonçait une prime moyenne de 334,70 francs par mois, en augmentation de 6,6 %. Présenter cette moyenne comme le prix de l’assurance de tout adulte serait inexact. Elle agrège des personnes et des choix d’assurance différents ; les variations individuelles et cantonales peuvent s’écarter du résultat national.
Le chiffre sert à décrire une évolution d’ensemble, pas à remplacer l’avis reçu par chaque assuré. Il faut également distinguer une prime, une franchise et une participation aux coûts. La première est une dépense régulière pour la couverture ; les autres concernent une part des dépenses de soins selon les règles applicables. Une prime moins élevée n’assure donc pas automatiquement une dépense totale moindre lorsqu’un ménage doit utiliser des soins.
L’annonce intervenait alors que le débat sur le coût de la vie dépassait largement la santé. La question sociale était celle de la place restant dans un budget lorsque plusieurs dépenses peu compressibles changent. Pour y répondre, un indicateur unique peut être utile sans être suffisant.
Pourquoi les primes ne sont pas un prix de consommation
La publication méthodologique de l’OFS de 2022 explique la logique de l’indice des prix à la consommation. L’IPC cherche à mesurer l’évolution des prix des biens et services, et non toutes les variations des dépenses obligatoires. Les primes de l’assurance-maladie obligatoire sont traitées comme des transferts vers l’assurance sociale. Leur variation dépend aussi du volume et de la nature des soins financés, pas seulement du prix d’un service inchangé.
Cela ne signifie pas que la santé soit absente de l’IPC. Les prix des prestations et des produits de santé y sont pris en compte. Ajouter intégralement les primes comme si elles étaient une nouvelle catégorie de prix soulèverait donc un problème de définition et de comptage. L’OFS propose un indice des primes d’assurance-maladie pour compléter l’examen de leurs effets sur le revenu disponible.
La distinction statistique ne minimise pas une difficulté vécue. Une dépense peut réduire réellement le budget sans correspondre à l’objet mesuré par un indice de prix. Il faut utiliser plusieurs outils pour répondre à plusieurs questions, plutôt qu’accuser un indicateur de ne pas mesurer ce pour quoi il n’a pas été construit.
Ne pas additionner les pourcentages
Une hausse des primes et une inflation générale ne portent pas sur la même base. Additionner leurs taux ne donne pas automatiquement la perte de pouvoir d’achat d’un ménage. Il faut connaître le montant des primes dans son budget, les dépenses de consommation concernées et l’évolution de son revenu. Les aides reçues peuvent encore modifier le résultat.
Sans inventer une famille-type, on peut décrire le calcul : comparer les ressources après prélèvements et aides, puis les dépenses nécessaires avant et après les changements. La composition du ménage, la situation de logement et la couverture d’assurance comptent. Le même nombre de francs supplémentaires occupe une place plus grande dans un petit revenu.
Cette méthode permet aussi d’éviter le raisonnement inverse, selon lequel une hausse salariale égale à l’IPC préserverait nécessairement tout le revenu disponible. Elle compense une mesure des prix ; elle ne répond pas automatiquement à une augmentation d’un transfert obligatoire ou à un changement familial. Le débat salarial et social doit pouvoir nommer ces différences.
Les réserves amortissent, elles ne remplacent pas des recettes durables
Le communiqué officiel reliait la hausse annoncée aux coûts et aux effets de la pandémie. Cela invite à distinguer dépenses récurrentes, rattrapages et prévisions de l’année suivante. Une prime est fixée avant de connaître exactement toutes les dépenses qu’elle devra financer. La surveillance doit examiner les hypothèses et les écarts, pas seulement valider une comparaison finale.
Le rapport d’activité de l’OFSP sur 2022 décrit aussi le contrôle des réserves et des instruments permettant de les réduire sous conditions. Utiliser une réserve peut amortir une charge à un moment donné. Cela ne constitue pas une ressource infinie permettant de financer durablement une dépense qui se répète. Il faut séparer la discussion sur un stock accumulé de celle sur le flux annuel nécessaire aux soins.
La maîtrise des coûts ne doit pas être confondue avec un transfert vers les malades ou le personnel. Réduire un remboursement sans réduire le besoin peut déplacer la facture. Comprimer une équipe peut reporter du travail ailleurs. Une économie doit être appréciée avec ses effets sur l’accès, la continuité et les conditions de soin.
Le bon résultat est un budget qui permet de vivre
Pour le PCP, l’étude de 2022 conduit à suivre la charge nette, après les réductions de primes effectivement reçues, et à garantir que l’aide arrive quand la dépense augmente. Le montant annoncé d’une prestation ne suffit pas si l’accès est compliqué ou si le versement reste tardif. Ces questions doivent être évaluées avec les règles cantonales et les situations de revenu.
La transparence demande enfin de publier des définitions lisibles : moyenne de quoi, pour quelle année et avec quelles limites ? Elle demande aussi de rapprocher les indicateurs sans les fusionner artificiellement. Le résultat recherché est une protection réelle du revenu disponible et de l’accès aux soins, pas un chiffre unique qui prétendrait raconter toutes les expériences.
Documents et sources
- Conseil fédéral — Assurance-maladie : la forte augmentation des coûts entraîne une hausse des primes en 2023
- Office fédéral de la statistique — Indice des prix à la consommation (décembre 2020=100), bases méthodologiques, édition 2022
- Office fédéral de la santé publique — Rapport d’activité 2022, surveillance de l’assurance-maladie sociale et de l’assurance-accidents