Travail et salairesÉtude historique2011

2011 : le cours plancher et la protection du travail productif

Le 6 septembre 2011, la Banque nationale fixe un cours minimal de 1,20 franc pour un euro. Relire cette décision permet de comprendre comment un mouvement monétaire peut atteindre l’emploi sans modification préalable de la qualité du travail réalisé.

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2011
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Recettes en euros · Conversion en francs · Intrants importés · Coûts domestiques · Emploi et investissement
Le même cours agit sur les recettes et certains coûts ; l’exposition dépend de leur combinaison.

Un instrument exceptionnel, inscrit dans une période

Dans son communiqué, la BNS décrit la surévaluation du franc comme une menace aiguë pour l’économie et un risque de déflation. Elle annonce qu’elle ne tolérera plus un cours inférieur à 1,20 franc pour un euro et se dit prête à acheter des devises en quantité illimitée. Il s’agit de défendre un minimum, pas de promettre que chaque transaction resterait exactement à ce chiffre.

Le dispositif prend fin le 15 janvier 2015. Cette date fait partie de son histoire : on ne peut raconter le choix de 2011 comme une parité permanente ou une garantie encore applicable aujourd’hui. L’étude porte sur l’instrument et les relations économiques qu’il cherche à influencer, non sur une recommandation de placement ou une prévision du franc.

Le travail ne change pas, sa recette peut changer

Une entreprise qui vend en euros et paie une partie importante de ses dépenses en francs subit la conversion entre les deux monnaies. À prix étranger inchangé, une appréciation du franc réduit les recettes exprimées dans la monnaie des coûts domestiques. Le temps de fabrication et le savoir-faire n’ont pourtant pas nécessairement diminué.

Un exemple purement illustratif permet de voir le mécanisme. Une vente hypothétique de 100 euros apporte 140 francs à un cours de 1,40, contre 120 francs à un cours de 1,20. Ces deux cours ne décrivent pas ici une série historique ni le résultat d’une entreprise réelle. Ils montrent pourquoi une variation extérieure à l’atelier peut modifier sa marge avant même que l’organisation du travail ait changé.

Les achats importés modifient l’exposition

La même entreprise peut acheter des composants à l’étranger. Leur coût en francs baisse alors avec l’appréciation, ce qui compense une partie du choc sur les recettes. Une activité important beaucoup d’intrants n’a donc pas la même exposition qu’une autre dont la valeur est surtout créée par du travail et des ressources domestiques.

Il faut aussi regarder la monnaie des contrats, les délais et la possibilité de changer les prix. Les effets ne sont pas simultanés pour tous. Une couverture financière peut lisser certains risques pendant une période, sans garantir durablement les débouchés ou la compétitivité de toute une activité. Le PCP refuse donc de déduire une situation salariale uniforme du seul mouvement du cours.

Le consommateur et le producteur ne vivent pas le même effet

Un franc apprécié peut rendre certains achats importés moins coûteux. Mais la transmission au prix final dépend aussi des contrats, des intermédiaires et de la concurrence. Le gain potentiel à l’achat et la pression sur une activité exportatrice sont deux faces du même mouvement, réparties entre des acteurs différents.

La politique doit considérer ces effets ensemble. Une baisse de prix utile au ménage ne compense pas automatiquement la perte de son emploi. À l’inverse, l’existence d’exportations ne suffit pas à justifier une baisse générale du pouvoir d’achat. Pour le PCP, le point d’appui est une économie capable de produire, de rémunérer correctement et de faire bénéficier la population des gains réels.

Une marge retrouvée appelle un choix de gestion

Un soutien monétaire peut réduire une pression extérieure ; il ne décide pas de l’usage d’une marge. L’entreprise peut investir, conserver des compétences, modifier ses prix ou distribuer des revenus aux détenteurs du capital. Ces décisions doivent rester visibles au lieu de présenter toute amélioration comme une protection déjà acquise pour les salariés.

Le PCP défend que l’espace ainsi créé serve l’emploi, la formation et l’appareil productif. Cette position n’est pas l’affirmation que la BNS imposait de telles obligations aux entreprises en 2011. Elle explicite la différence entre un instrument macroéconomique et une politique sociale et industrielle. Les travailleurs ne devraient pas supporter seuls les ajustements lorsque le change devient défavorable, puis être exclus des bénéfices lorsqu’il se stabilise.

La banque centrale prend elle aussi des risques

Acheter des devises modifie le bilan de la BNS. Les actifs et leurs valeurs peuvent évoluer avec les marchés et les monnaies. Il faut donc distinguer l’objectif de politique monétaire du résultat comptable obtenu pendant une période donnée. Ni un gain ni une perte isolée ne mesure automatiquement la qualité de toute la politique.

Cette distinction concerne aussi les finances publiques. Un revenu de banque centrale ne devrait pas être traité comme une recette certaine avant d’être établi. Le PCP souhaite une discussion intelligible des objectifs, des risques et de leur répartition, respectant la fonction propre de la BNS tout en reconnaissant les conséquences sociales de ses décisions.

La stabilité utile n’est pas l’immobilité

Une industrie doit continuer à améliorer ses produits et ses procédés. Le cours plancher ne pouvait supprimer cette nécessité ni répondre à chaque transformation de la demande. Il cherchait à empêcher qu’un mouvement monétaire exceptionnel impose une contraction sans rapport direct avec ces améliorations.

La leçon de 2011 est donc de relier politique monétaire et conditions concrètes de production sans les confondre. Pour le PCP, protéger le travail demande des instruments complémentaires : revenus, investissement, compétences et anticipation collective. Un cours peut donner du temps ; ce que l’économie fait de ce temps reste une question de pouvoir et de choix publics.

Documents et sources