La deuxième étape ne doit pas devenir un prétexte pour attendre
L’initiative sur les soins infirmiers a été acceptée en 2021 et sa première étape est entrée en vigueur le 1erjuillet 2024. Le 21 mai 2025, le Conseil fédéral a transmis au Parlement le message de deuxième étape sur les conditions de travail et le développement professionnel. Il s’agit de propositions législatives ; leurs objectifs ne doivent pas être décrits comme des droits uniformes déjà applicables.
Les employeurs et autorités disposent néanmoins de leviers dans leurs compétences actuelles : organisation des horaires, formation, conventions et financement des mandats. Le PCP demande de les mobiliser dès maintenant. Attendre une règle fédérale ne justifie pas de laisser un poste durablement vacant ou de rendre les changements d’horaire imprévisibles.
Le temps de repos doit pouvoir être organisé
Un planning régulièrement modifié transfère l’incertitude sur la vie familiale et personnelle. Une équipe ne peut durablement compter sur la disponibilité de chacun à renoncer à son repos. Le PCP propose des horaires communiqués suffisamment tôt, des règles explicites de modification et une compensation adaptée des contraintes, à négocier avec les représentants du personnel dans le cadre applicable.
La prévisibilité demande une capacité de remplacement. Sans réserve financée, une promesse sur les horaires peut conduire à réduire la prestation lorsque survient une absence. Les établissements doivent définir des équipes de remplacement ou des solutions partagées adaptées à leurs missions, avec des professionnels préparés au service. Une personne présente mais non familiarisée avec l’organisation ne remplace pas immédiatement tout le travail manquant.
La charge ne se réduit pas au nombre de patients
Deux services avec le même effectif et le même nombre de personnes suivies peuvent avoir des besoins différents. Dépendance, traitements, déplacements à domicile et interruptions modifient le travail. Le PCP défend une appréciation professionnelle de la charge et des qualifications nécessaires, plutôt qu’un ratio national inventé qui ignorerait ces situations.
Les tâches administratives doivent être examinées à partir de leur utilité. Supprimer un doublon libère du temps ; supprimer une transmission essentielle dégrade le soin. Les équipes doivent pouvoir signaler les formalités inutiles et participer au choix des outils, avec la possibilité de vérifier qu’une simplification réduit effectivement le travail.
Former signifie libérer du temps pour accompagner
Un étudiant ou un nouveau diplômé a besoin d’un encadrement disponible. Compter sa présence comme une production immédiatement équivalente à celle d’un professionnel expérimenté déplace la charge sur le reste de l’équipe. Le PCP demande du temps de supervision reconnu dans les effectifs et les budgets.
Le développement professionnel doit également permettre de progresser sans devoir quitter le soin. Des responsabilités avancées exigent formation, périmètre défini et rémunération correspondante. Elles ne doivent pas servir à confier davantage de tâches sans temps ni reconnaissance. Les parcours doivent rester accessibles aux personnes travaillant à temps partiel.
Réouvrir une porte à ceux qui ont quitté
Un retour au métier peut exiger une remise à niveau, un tutorat et une reprise progressive. Le PCP propose des parcours rémunérés construits entre employeurs, formations et autorités compétentes. Demander de revenir sans modifier les conditions qui ont provoqué le départ limite l’intérêt du dispositif.
Le retour doit être volontaire et adapté aux compétences à actualiser. Il ne remplace pas l’amélioration pour les équipes déjà présentes. Une politique qui consacre des moyens à recruter puis néglige ceux qui restent crée un sentiment d’injustice et entretient la rotation qu’elle prétend réduire.
Le financeur doit reconnaître les coûts nécessaires
L’OFSP rappelle que, dans le régime actuel, les coûts supplémentaires efficients et transparents des EMS et des soins à domicile peuvent relever du financement résiduel cantonal ou communal. La responsabilité de l’employeur ne supprime donc pas celle des autorités qui définissent les ressources du mandat.
Les accords de financement doivent examiner les postes nécessaires : remplacements, supervision et coordination. Ils peuvent demander une utilisation justifiée des moyens et des comptes vérifiables. Ils ne devraient pas imposer un prix incompatible avec le travail attendu, puis reprocher au prestataire les départs et les prestations manquantes.
Observer le maintien sans récompenser l’immobilité
Le monitoring distingue rotation, sortie de la profession, santé et satisfaction. Un changement d’employeur n’est pas automatiquement un départ des soins ; un faible turnover n’est pas forcément la preuve de bonnes conditions si les salariés n’ont pas d’alternative. L’évaluation doit croiser plusieurs informations et écouter le personnel.
La réussite se voit dans des équipes capables d’accueillir la relève, de prendre du repos et de soigner correctement sans fonctionnement permanent en urgence. Le PCP défend cet objectif avec des engagements négociés et financés. Le maintien dans le métier est une capacité publique à construire, pas une obligation morale imposée aux soignants.